
Les premiers jours de l’été sont arrivés, même si le temps couvert et un ciel voilé évoquent plutôt les fraiches journées printanières. Dommage pour les touristes amateurs de cramage intégral sur les plages, mais tant mieux pour moi qui comptais sur des températures clémentes pour affronter l’Artzamendi, ce pic dominant la vallée d’Itxassou du haut de ses 926m.
Pour rejoindre cette ascension, donnée comme une des plus éprouvantes dans la région, j’embarque sur mon fidèle vélo en début de matinée, direction le chemin de halage remontant la Nive jusqu’à Ustaritz. Cette promenade permet de se mettre en jambes, sans forcer, sur une dizaine de kilomètres, et de quitter la ville pour gagner peu à peu la campagne basque. Habituellement très fréquentée, cette voie verte est presque déserte, tout juste quelques poules et canards se baladant aux alentours de leur ferme, et un grand milan noir planant silencieusement dans les nuages.


Arrivé dans le grand village d’Ustaritz, je m’engage sur la route traçant vers Cambo, découvrant pour la première fois la silhouette sombre et imposante de l’Artzamendi. Une chose est certaine…je suis encore très bas…et le sommet est toujours aussi haut.
Une vingtaine de kilomètres est passée quand je quitte la route principale pour rejoindre Itxassou et le chemin creusé dans la roche menant au Pas de Roland, point de départ de l’ascension. Je suis actuellement à 40m, au niveau de la Nive. Il me faut grimper près de 900m en 10 kilomètres…ce qui pourrait être faisable sans trop de difficultés, si la pente était régulière. Ce serait bien trop simple.


La montée démarre tranquillement, à l’ombre des sous-bois, et je me retrouve rapidement cerné par les gammes des oiseaux sifflotant gaiement et par le bruissement régulier de petits ruisseaux s’écoulant en contrebas. Tout va bien pour le moment, même si quelques coups d’œil à travers les arbres me montrent un pic toujours aussi loin…la progression est très lente, parfois agrémentée de quelques descentes, si bien qu’au bout de 5 kilomètres, je ne suis pas à plus de 300m d’altitude. La route est encore longue…et le plus dur commence. Le soleil a fait son apparition à mesure que les sous-bois disparaissaient, et que la pente s’accentuait. Les mollets chauffent, et à la sortie d’une patte d’oie surgit un premier mur…bref, mais suffisamment cassant et ardu pour me laisser présager le pire quant à la suite de l’aventure. La pente alterne brusques raidillons et longues montées pénibles jusqu’à atteindre la dernière ligne droite…Et quelle ligne droite !!!


Je suis à 500m d’altitude…il reste à peu près 2.5 kilomètres pour atteindre le sommet du mont. (qui je le rappelle est à 926m)…faîtes le calcul, ca fait froid dans le dos (mais chaud dans les mollets). Une route barrée et marquée comme “impraticable” en raison de nids de poules, d’ornières, de gravillons formant ici et là d’épaisses couches sablonneuses dans lesquelles je dérape et fais du sur place. Sur un terrain plat, ca passe encore, mais quand cela survient sur une pente jouant entre 16 et 22%, là ca devient tout de suite plus délicat. Tous les 100m, après moult zigzags à 4km/h, je m’arrête, reprends mon souffle, grignote des fruits secs, reprends quelques forces qui disparaitront dès les coups de pédales suivants, mais rien n’y fait, je n’avance pas, les jambes sont dures, les bras douloureux, et passé le col du Mehatché, je prends la décision de m’arrêter, pourtant si près du but, bien que tellement loin. Le pire étant que les nuages bas m’empêchent même de voir ce fameux sommet. L’Artza ne se laisse pas dompter facilement, mais il y aura revanche, qu’il en soit sûr.

Mais pour l’heure, je profite de quelques précieux et salvateurs instants de repos au milieu de prairies et de pottoks sous le regard de quelques vautours fauve décrivant de larges cercles dans le ciel. Le panorama est superbe tout autour de moi, l’Espagne d’un côté, la France de l’autre, des sommets et de hautes collines verdoyantes tout autour, parfois occultés par les nuages. Quelques regrets avec ce ciel de nouveau voilé et bas, la vue ne s’étend pas aussi loin que par temps clair, mais peu importe, il est toujours aussi agréable de se retrouver dans de tels coins isolés, si près de la maison et pourtant si loin du monde des hommes pressés.


L’après-midi est entamée quand je me lance dans une descente effrénée…et bouclée si rapidement que je comprends encore mieux comment j’ai pu mettre autant de temps et puiser autant d’énergie pour arriver en haut. Avant de rejoindre de nouveau le Pas de Roland, et sa plage souvent bondée, je me pose au bord d’un ruisseau dans les sous-bois. La trempette des pieds est un passage obligé…et qu’est-ce que ca fait du bien !!!



Le retour est tout tranquille, par la même route que celle empruntée ce matin, la seule différence étant l’arrêt Orangina à l’habituel bistrot d’Ustaritz.


Il est 17h quand je rentre à la maison, pile poil pour voir la 2ème mi-temps d’Allemagne-Angleterre, il faut savoir garder le sens des priorités :p
(l’album photo)